L'esprit du dojo


Bien qu'il se pratique souvent dans un gymnase, l'aïkido n'est pas un sport : le lieu réservé à l'entraînement, appelé dojo (lieu où l'on pratique la voie), fonctionne sur la base de règles traditionnelles.  
 
Le dojo symbolise le champ de bataille : chaque chose, chaque personne, doit y être à sa juste place. Il n'est certes pas question de transformer le tatami en terrain de combat : ce symbole a pour but de mettre les pratiquants en condition de travail ; sur le tatami, chacun doit en permanence garder une concentration totale, comme si sa vie en dépendait.
Le respect de l'étiquette est indispensable à l'étude de l'aïkido. Sous peine de disparaître, cette discipline a besoin du cadre traditionnel qui l'a vue naître et se développer. Nous avons pour objectif de conserver l'aïkido le plus pur, de lui garder cette unicité qui est sans équivalent dans notre culture.  

Les règles qui suivent, bien qu'elles puissent paraître rebutantes au débutant, mettent en place les conditions nécessaires à la sécurité des pratiquants et au respect de la discipline. Il convient donc que toutes les personnes admises sur le tatami s'engagent à s'y conformer pleinement et sans réserve.

Les règles d'étiquette, qui peuvent paraître innombrables au débutant, s'acquièrent naturellement, par la répétition et la pratique. Lorsqu'on ne sait pas quelle attitude adopter, il faut se renseigner auprès d'un ancien (sempai) qui vous répondra avec plaisir.
Au dojo
 
1- Dans le dojo, le pratiquant n'est pas chez lui. Il est dans tous les cas l'invité du maître, qui choisit son élève de la même façon que l'élève choisit son professeur. Le maître est le seul juge des aptitudes morales, physiques et comportementales d'un élève à apprendre l'aïkido, discipline qui ne convient pas à tout le monde.

2- L'aïkido n'est pas un produit de consommation. Le fait de s'être acquitté de la cotisation annuelle n'ouvre aucun droit particulier quant à l'enseignement du maître. A tout moment, l'élève peut être renvoyé, ponctuellement ou à titre définitif, sur simple avis du professeur.

3- La cotisation doit être payée avec ponctualité. En cas de difficultés financières, des arrangements sont toujours possibles, il faut simplement le signaler à l’uchi deshi chargé des cotisations. Cependant, le respect et la politesse faisant partie de l'esprit de la pratique, toutes les démarches administratives seront accomplies dans les délais les plus brefs. Tout pratiquant qui n'a pas réglé sa cotisation n'est pas assuré en cas d'accident : il est donc interdit de monter sur le tatami sans être à jour de sa cotisation. Pour éviter de multiplier les comptes d'apothicaire, toute inscription, même en cours de saison, sera réglée pour une année entière. Les réajustements seront calculés chaque rentrée de septembre.  

 
4- La coutume veut que lorsque plusieurs dojos d'une même région sont affiliés, un adhérant de l'un de ces dojos puisse aller s'entraîner dans un dojo voisin. Cette possibilité offerte à chacun de s'investir dans la pratique n'est pas un dû. Un pratiquant qui vient régulièrement s'entraîner dans un dojo où il n'est pas inscrit doit le faire avec honnêteté. Dans un premier temps, il avertit son professeur, dont il représente l'enseignement. Dans tous les cas, il se présentera au professeur du dojo d'accueil pour s'assurer de son accord et prendre connaissance de ses conditions financières.  
 
5- La cotisation ne vous ouvre pas des droits, elle montre votre gratitude et votre volonté de participer au fonctionnement du dojo. En échange de l'enseignement reçu, on attendra en outre de vous une réelle implication dans la vie du dojo, en commençant par les tâches les plus simples (entretien des lieux, propreté du tatamis, etc.).  
 
6- Le dojo n'est pas un lieu où s'expriment les conflits personnels, mais un endroit où l'on trouve la possibilité de travailler de manière constructive afin de se bâtir soi-même. Toute personne troublant la sérénité du dojo sera priée de changer d'attitude ou de s'en aller.  
 
7- La présence d'éventuels spectateurs est une tolérance, même implicite, du responsable du cours. Il est dans ce cas interdit de boire, de manger, de fumer, de discuter, et de distraire ou gêner les pratiquants de quelque façon que ce soit. Même s'il est un pratiquant confirmé, un spectateur n'intervient en aucun cas pour corriger une erreur commise par des pratiquants sur le tatami.  
 
8- Chaque élève, par son apport personnel, doit contribuer au développement d'une atmosphère propice à un travail positif pour chacun, dans le respect de tous.  
 
9- Les pratiquants doivent s'appliquer à nettoyer, entretenir et décorer le dojo, afin qu'il soit en permanence propre et sain.  
 
10- Le dojo est le lieu où se pratique la voie tracée par le fondateur de l'aïkido, Maître Ueshiba. Il est du devoir de chacun de respecter le fondateur et ses enseignements.

11- Chaque pratiquant s'engage moralement à ne jamais utiliser de technique d'aïkido pour blesser ou conforter son ego par des actes destructeurs. L'aïkido est un outil d'éveil visant à une meilleure compréhension des êtres. L'esprit des pratiquants doit atteindre toujours une plus grande modestie et une plus grande tolérance.  
 
12- Toute forme d'insolence, tout propos ou attitude irrespectueux ou déplacé, n'a pas sa place au sein du dojo.  
 
13- Tout esprit de compétition, contraire à l'esprit de l'aïkido, est interdit sur le tatami. Le but n'est pas de battre un adversaire, mais bien, grâce à la pratique avec un partenaire, de vaincre ses propres conflits internes et de travailler à sa propre évolution grâce à son partenaire, à l'égard duquel on manifeste toujours de la reconnaissance.  
 
14- Dans toutes les circonstances, on doit veiller à protéger son partenaire et à se protéger soi-même.  
 
15- Le pratiquant doit accepter les conseils de son professeur et travailler dans le sens qu'il se voit indiquer. Il n'y a aucune place pour la contestation dans le dojo. Ne jamais oublier que le pratiquant est : « un invité dans la maison du maître ». Dans les enseignements traditionnels, ce statut spécifique d'élève se nomme montei, monka. Comme dans toute maison correctement tenue, un invité qui ne se comporte pas correctement n'est plus le bienvenu. En contrepartie, en cas de désaccord, le pratiquant garde l'entière liberté de partir.  
 
16- A tout enseignement traditionnel correspondent trois phases : pendant la première, on s'attache à comprendre et à reproduire les indications du professeur et des anciens (dont la responsabilité est grande, puisque, étant eux-mêmes en cours de formation, ils peuvent être amenés à transmettre une vision partielle ou erronée de la technique). La base acquise, on adapte ensuite cet enseignement à soi, et on commence à tracer son propre sillon. Or, dans le dojo du maître, on vient suivre l'enseignement du maître. On prolonge donc enfin le processus d'autonomisation et on crée son propre dojo. Ce parcours étant long et progressif, on continue bien entendu à suivre régulièrement l'enseignement de son professeur.
Sur le tatami 
 
17- Lorsque l'on passe la porte du vestiaire, on oublie les soucis de la vie extérieure : toute l'attention doit être consacrée à la pratique. Dans le contexte martial, une seconde d'absence peut entraîner la mort.

18- Avant le début de l'entraînement, le pratiquant devrait être échauffé, assis en seiza, dans une attitude de méditation, disponible au travail.

19- La ponctualité est de rigueur. Le cours doit commencer à l'heure. Le maître monte le dernier sur le tatami et le quitte le premier. S'il est absent, ou en retard, un ancien doit prendre en charge l'entraînement et commencer le cours à l’heure.  
 
20- Les contraintes de la vie moderne font que certains arrivent après que le cours a commencé. La méthode traditionnelle veut que l'on attende alors sur le bord du tatami l'autorisation du professeur avant de monter. Une autre solution, moins dérangeante pour tout le monde, est la suivante : on s'insère discrètement dans le cours en saluant à genoux le tokonoma puis le professeur, et on s'excuse auprès de lui pendant le cours à la première occasion.  
 
21- Les bijoux, bagues et prothèses, dangereux pour la pratique, sont à laisser au vestiaire.  
 
22- La tenue corporelle est correcte et ne doit pas incliner les autres à la répulsion.  
 
23- Le corps est propre. On ne marche pas pieds nus dans les vestiaires. Le cas échéant, verrues et mycoses sont soignées rapidement. Sauf en cas de soins, les chaussettes ne sont pas autorisées. On ne monte pas avec ses chaussures sur le tatami.  
 
24- Ne mâcher ni bonbon ni chewing-gum, par respect, pour une meilleure concentration et par sécurité, pour ne pas occasionner une obstruction de la trachée.  
 
25- Ne pas monter sur le tatami en ayant absorbé de l'alcool ou des drogues.  
 
26- En cas de blessures, il est préférable de se soigner avant de pratiquer de nouveau. Avertir le partenaire, le professeur. Ne pas insister, bien qu'en toutes circonstances, le pratiquant se doive d'être prêt.  
 
27- Le moindre saignement doit arrêter la pratique. Il y a risque de contagion, et les taches sont difficiles à faire partir. Les plaies non guéries sont protégées.  
 
28- Si vous avez à quitter le tatami pendant le cours, vous devez impérativement en tenir le professeur informé. En aucun cas on ne sort du tatami sans avoir demandé l'autorisation.  
 
29- La tenue de l'aïkidoka est le aïkidogi (vêtement d'aïkido), veste et pantalon, complétés par l'hakama au bout de quelques temps de pratique. Les femmes portent une tenue avec une veste fermée par un lacet et un t-shirt. Dans tous les cas, le gi est propre, en bon état (non déchiré) et sec.  
 
30- Pratiquer sans ostentation dans l'attitude la plus simple. On évite les chinoiseries. Une attitude juste et correcte suffit.  
 
31- Le salut en aïkido n'a aucune connotation d'ordre religieux, c'est une marque de respect, de politesse, de gratitude et d'humilité.  
 
32- On salue en direction du tokonoma en entrant dans le dojo et sur le tatami, et en les quittant. On pénètre avec le pied gauche dans le dojo.  
 
33- Le premier et le dernier partenaires sont salués à genoux (zarei). Lors des changements de techniques, à la fin et au début d'une séquence de travail, on salue debout (ritsu rei). Après une démonstration du professeur, on salue zarei puis on se dirige vers un partenaire à proximité pour commencer à travailler.  
 
34- Les zooris (sandales) sont à leur place, jointes, talon contre le tapis.

35- On place les armes, prêtes à l'emploi, sorties de leur étui, perpendiculairement au tatami. La pointe ou le tranchant de la lame ne sont jamais dirigés vers le tokonoma. Les armes sont respectées : on ne marche pas dessus, on ne les enjambe pas, on ne les choque pas, on ne les jette pas. Lors de la pratique, on les salue, on les place à la droite du corps avant et après usage (paix) et à gauche, prêtes à l'emploi, pendant l'usage. Elles sont tendues au partenaire selon le protocole. On ne se sert pas d'armes fragiles ou endommagées pour pallier tout risque d'accident.

36- Ne jamais se servir d'une arme ou d'un gi qui ne vous appartient pas.  

 
37- Pour les blessés, la position du lotus, en tailleur, est tolérée. Sinon, on est assis en seiza pour assister aux démonstrations du professeur, ou écouter une explication.  
 
38- Ne jamais s'adosser au mur : la position du corps est maîtrisée, contrôlée à chaque instant à partir du seika tanden.  
 
39- De même, on ne se relève pas en s'appuyant du bras sur une arme, sur sa jambe, sur le sol.  
 
40- On ne perturbe pas le cours par des bavardages, c'est souvent inutile, même dans le cadre d'une explication : un geste juste suffit.  
 
41- On n'invite pas un plus ancien pour le travail, une démonstration, un passage de grade : on attend qu'il le fasse. Inversement, un ancien doit porter toute son attention à l'accueil et à la formation des débutants.  
 
42- Si l'on doit poser une question au professeur, il convient de se signaler à lui avec respect en le saluant, et non de l'appeler. Il répondra s'il est disposé à le faire, selon les circonstances pédagogiques.  
 
43- A la fin d'une séance d'étude, cesser immédiatement le travail, saluer son partenaire, et regagner sa place au plus vite. Les élèves sont assis en lignes parallèles distantes d'un mètre, les plus anciens à gauche du professeur, les débutants à droite.  
 
44- Si une démonstration vous est personnellement adressée ou si elle l'est à votre voisin, vous l'écoutez en seiza et saluez ensuite.  
 
45- A la fin du cours, le sensei quitte le tatami et les élèves demeurent concentrés jusqu'à son départ. En général, le professeur donne le signal de la fin du cours avant de quitter le tatami, par convivialité et pour avoir un contact avec les élèves.

Les anciens ont le devoir de faire respecter l'esprit de la pratique à l'intérieur du dojo. Ils montrent ainsi leur compétence et leur capacité à assumer leurs responsabilités. Chaque fois que le maître intervient, c'est que les anciens n'ont pas fait leur travail : ils démontrent ainsi un manque d’autonomie, donc de compétence.


Source : Dojo d'Alain Peyrache Shihan