Sempai et kohai : une relation pédagogique

Par Cedric, élève de Laurent Parrein Sensei

Dans la culture extrême-orientale, les notions de sempai (prononcé « sempaï » ou « senpaï » selon l'accent) et de kohai (prononcé « kohaï ») représentent un couple indissociable qui établi un rapport d'aînesse entre un pratiquant de la discipline et un autre. Mais il ne s'agit pas d'un rapport basé sur l'âge ou sur le grade. Il s'agit de l'ancienneté relative d'un élève et d'un autre dans la discipline, qui suppose une différence de maîtrise, de maturité et, de connaissance de la discipline et de la manière d'être dans un dojo.

En quelque sorte, le sempai est donc l'aîné et le kohai, le cadet. Chaque pratiquant est à la fois sempai et kohai et aura autour de lui, des sempai et des kohai. L'un et l'autre ont des responsabilités et des devoirs inhérent à leur condition. 

Sempai et kohai se doivent mutuellement le respect.

Le sempai a le devoir d'être le relais et le transmetteur de l'enseignement du sensei (du professeur). Il doit non-seulement transmettre l'enseignement du professeur avec bienveillance pour son kohai, mais aussi lui apprendre les us et coutumes du dojo. Il lui incombe d'anticiper les remarques du professeur à l'adresse des élèves dont il est le sempai. Ainsi, Alain Peyrache Sôke a l'habitude de dire que lorsque le professeur fait une remarque à un élève, c'est que les sempai de cet élève n'ont pas fait ce qu'ils devait faire. 

Dans la pratique, le sempai doit toujours anticiper l'exercice ou la technique qui est étudiée. Il doit guider son kohai pour l'amener à comprendre intimement - et finalement maîtriser - l'exercice ou la technique en question. A aucun moment il ne peut se laisser déborder ni sortir de son rôle de tuteur à l'égard du kohai. Sa conduite doit représenter un exemple utile pour l'apprentissage de son partenaire moins expérimenté. 

Le kohai, de son côté, se doit d'observer scrupuleusement les enseignements du professeur, transmis par son sempai. Et de reproduire aussi fidèlement que possible l'exercice ou la technique à l'étude. Et dans un même temps, il lui incombe d'exercer un esprit critique à l'égard de son sempai. Et de toujours vérifier que ce qui lui est transmis et montré correspond effectivement à ce qu'a montré le professeur.

Le kohai est reconnaissant à son sempai de l'encadrement qu'il lui offre. Et en retour, le sempai est reconnaissant à son kohai de lui permettre de bien travailler et de s'améliorer dans la discipline. 

Le respect

Si le couple sempai-kohai relève d'un rapport hiérarchique stricte – suivant la cosmogonie extrême-orientale – il n'est pourtant pas question d'autoritarisme. Nobuyoshi Tamura Sensei disait que « Le respect envers le senpai ne doit pas être provoqué, le kohai doit tout naturellement avoir envie de respecter le senpai. Le senpai, lui, prend soin du kohai car le kohai occupe la place qui est la sienne et mérite par là que l'on s'occupe de lui. » 

Cette relation bienveillante est effectivement matérialisée dans les rapports que les élèves entretiennent entre eux dans le dojo. Et ces rapports sont codifiés de manière à ce qu'ils puissent être compris par chacune et chacun. 

Comment voir la relation?

Lors du salut, au début et à la fin de chaque cours, les élèves se placent en face de leur professeur en laissant leurs kohai à leur gauche et leurs sempai à leur droite. 

Lorsque le professeur invite les élèves à pratiquer, les élèves se choisissent par paires ou à quelques-uns, selon la configuration que l'exercice impose, et ce sont les sempai qui choisissent leurs kohai, non l'inverse. Cette pratique est matérialisée par le fait que le kohai n'est autorisé à saluer le sempai avec lequel il va pratiquer que dans la mesure ou ce dernier lui a signifié qu'ils allaient travailler ensemble. Ceci ne relève d'aucun arbitraire, il s'agit d'une disposition pédagogique importante : le sempai est censé avoir une meilleure maîtrise de la discipline et un esprit critique plus développé à l'égard de ses propres compétences autant que des ses propres insuffisances. Aussi, lorsque le professeur impose un exercice qu'il se sent en mesure de reproduire avec assez de fidélité pour être capable de transmettre l'enseignement à l'un de ses kohai, il jugera donc de ça capacité et de l'intérêt bienveillant à l'égard d'un kohai de le choisir pour partenaire. Lorsqu'au contraire, il se sent, lui-même, mal assuré, il attendra d'un de ses propres sempai qu'il vienne l'aider à évoluer. 

Le rapport pédagogique dans la relation

Dans le courant de la pratique, le sempai accompagne son kohai dans ses gestes. Et il corrige le mouvement de son kohai par sa capacité d'anticipation du sens du mouvement, lui indiquant par la dynamique du corps et l'aidant à ressentir que toute opposition de forces est vaines, amenant son kohai à trouver les justes points de rupture de l'équilibre. 

De son côté, le kohai ne remettra pas en question les capacités de son sempai. Il l'interrogera cependant sur la justesse de l'enseignement en se référent à la compréhension qu'il a de ce qu'a montré le professeur. De cette manière, le sempai est aussi en situation d'apprentissage. Un apprentissage dans lequel il est censé avoir une plus grande autonomie et un esprit critique et auto-critique plus affirmé que le kohai. 

La relation qui se noue entre les deux pratiquants de l'aïkido, est basée sur ce respect mutuel, fondé dans la bienveillance, la reconnaissance et la modestie. Il n'y a aucune place, dans cette relation – comme d'ailleurs dans tous les domaines de l'aïkido – pour les enjeux d'ego ou pour quelconque compétition. La compétition y est considérée comme stérile et anti-pédagogique. 

La responsabilité de chacun

Il est de la responsabilités de chaque élève, au fil de son apprentissage, de maîtriser toujours plus finement quelle est sa place dans le dojo. De savoir à qui s'adresser, dans quelles circonstances et de quelle manière. De reconnaître celles et ceux dont il a des choses à apprendre et, celles et ceux à qui il est redevable de leur transmettre l'enseignement du professeur. 

Cette compréhension n'est, bien entendu, jamais un prérequis. Elle vient progressivement au long de l'engagement de chacune et chacun dans l'apprentissage de l'aïkido. Mais elle doit représenter un idéal à atteindre pour chaque pratiquant dans ses relations aux autres élèves. De telle manière que l'enseignement soit le centre de l'intérêt de chaque personne qui fréquente le dojo. Et il est bien entendu que cet aspect des manières d'être au dojo est, lui aussi, un objet d'apprentissage. 

Cette manière d'être doit permettre à tous les pratiquants de pouvoir recevoir les conseils et les enseignements dont il a besoin pour évoluer, à son rythme et dans le respect de chacun, vers une plus grande maîtrise de la discipline.

Pour finir, disons que celui qui a un seul jour de pratique derrière lui, aura déjà quelque-chose à apprendre à celui qui arrive à l'instant.

Et pour toute information complémentaire...
...adressez-vous à un sempai ;-)